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Ecrire pour guérir, et ne pas oublier …

Psycho

 

Nous avons tous nos petits trucs pour affronter ce qu’on appelle pudiquement les « aléas de la vie »… certains s’isolent pour réfléchir ou encaisser, d’autres se ressourcent dans la nature lisent, ou voyagent… d’autres encore, ont besoin de se rapprocher de leurs congénères, d’échanger avec ceux qui vivent le même type d’épreuves, et le font via les groupes de paroles, les forums spécialisés…

 

On vante ici et là les mérites d’outils, de techniques qui font leurs preuves, suivant les sensibilités : l’art-thérapie avec la création graphique, la musicothérapie, la rigologie, le théâtre d’improvisation, la méditation … pas besoin d’être expert dans ces domaines pour y trouver un apaisement, un ressourcement, une libération

 

J’ai la chance d’avoir 2 échappatoires qui m’ont bien servi durant ma vie. Le premier c’est la musique, celle qui « réjouit et console de toutes les tristesses, parce qu’elle les comprend toutes et les dit toutes », comme le disait joliment Julien Green. En tant que musicienne, mon instrument est un compagnon de tous les instants, qui permet d’exprimer ce qui ne peut pas se dire en mots, la joie et le chagrin. Parfois il m’est difficile de le solliciter. Je m’assieds sur le tabouret et les bras sont trop lourds. Le piano reste muet. Il n’est plus mon complice mais presque un adversaire, un mur insurmontable. Dans ces cas-là, je n’insiste pas. D’autres fois, il se fait naturellement le relais de ma, de mes peines. Il ne les console pas mais les traduit pour moi et les soulage pour un temps…

 

Mon autre ressource, c’est l’écriture.

C’est un réflexe qui m’est venu spontanément, petite, en pension. Pour tuer l’ennui et la désolation des longues soirées hors de mon foyer, de l’absence de mes parents, de ma famille, j’ai commencé à inventer des histoires. Je sacrifiais une heure sur les deux heures d’étude du soir, pour me réfugier dans mes petites inventions… il y avait toujours une petite fille dans ces histoires, mon double secret, un autre moi qui vivait « mieux », qui réalisait ses rêves, qui triomphait de l’adversité. Cette activité intriguait mes camarades de l’époque qui ont vite adopté cette distraction facile. Ainsi il y eut durant plusieurs mois une intense activité d’écriture, qui nous rapprochait et nous liait sous le sceau du secret. Cette 2ème heure d’étude voyait surgir de nouveaux cahiers des pupitres, des regards complices échangés, et des feuilles noircies, dont nous nous lisions mutuellement les nouveaux épisodes aux récréations. L’imagination des unes et des autres nous enchantait, et faisait paraître le temps moins long, et l’enfermement moins pénible. C’est un joli souvenir, lié à cette époque de mon enfance.

 

Je ne me suis plus arrêtée, et j’ai beaucoup noirci de pages… à l’adolescence, en pleines poussées d’hormones, de vagues à l’âme et prétentions poétiques, puis adulte. Un premier roman resté dans un tiroir, puis, beaucoup plus tard, un autre, publié celui-là, véritable défouloir au chagrin lié à la disparition de ma grand-mère dont j’étais très proche. Avec elle, s’en allait une partie de mon enfance et de mes souvenirs, un repère inébranlable qui avait fini par être vaincu par le poids des ans. L’apaisement trouvé à raconter mon enfance près d’elle, et à formaliser l’impact qu’elle avait eu dans mon éducation et mon parcours, son soutien inébranlable, son amour pudique et indéfectible, m’étaient vitaux pour traverser ce deuil si douloureux. Tous les soirs, j’avais rendez-vous avec mon ordinateur, pour raconter, raconter, vite, avant que les souvenirs ne s’estompent. Il y avait aussi le sens d’un certain devoir de transmission auprès des jeunes générations familiales, afin qu’elles connaissent aussi cette partie indirecte de leur histoire et puissent la rattacher à leurs propres expériences, leur propre vécu.

 

Je vis actuellement un autre deuil, celui de mon compagnon. Depuis sa disparition, je lui écris. Ces lettres, quotidiennes dans un premier temps, se sont réduites avec les mois… tous les quinze jours ou à peu près je prends ma plume et raconte… ce qui se passe dans ma vie, ce qu’il ne voit pas, ce dont il ne peut plus être témoin et qui le concerne : les nouvelles familiales, l’actualité sociétale, les disparitions de personnes en vue qui faisaient sens pour nous : des écrivains, des musiciens, des comédiens… de ceux qui ont enchanté notre jeunesse.

J’y trouve un petit soulagement, un petit réconfort, c’est comme un rendez-vous régulier qui m’est indispensable et qui me donne l’illusion de maintenir le lien, comme s’il entendait, comme s’il pouvait lire. Je partage encore avec lui mon quotidien.

C’est aussi l’un des « outils » que j’ai spontanément adoptés, pour « faire mon deuil »…

 

J’ai fait, aussi, un métier de l’activité d’écriture. Il y a 15 ans, je suis devenue rédactrice. D’abord dans le cadre de mon activité professionnelle, avec la responsabilité éditoriale d’un site portail, puis pour moi-même en tant que rédactrice free-lance. J’ai beaucoup écrit pour les autres. J’ai eu un premier blog. J’écris encore, ponctuellement, pour des sites spécialisés, pour moi-même via ce blog « La petite voix en soi », consacré à ma prochaine activité de Psychopraticienne,  et continue de prendre des notes, spontanément, d’utiliser le bloc-notes de mon smartphone pour écrire une phrase qui me vient en toute occasion, fruit naturel de mon ressenti, de mon émotion du moment.

 

Sensible aux mots depuis toujours et pour toujours, j’aime aussi la belle langue française dont l’usage souvent galvaudé me désole, mais qui s’exprime parfois, souvent, dans toute sa beauté, sa subtilité, par le biais de plumes connues ou totalement inconnues sur les réseaux sociaux notamment.

 

Au détour d’un échange, d’un simple post, on devine le soin apporté au choix des mots et à leur ordonnance, y compris dans la plus grande simplicité. Cela me réjouit, m’attendrit et génère une sympathie sincère et immédiate pour leur auteur. « Ce qui se conçoit bien… »

 

Aucune prétention dans ce billet, à prétendre que l’écriture est la solution thérapeutique à tous les problèmes et épreuves que la vie nous présente en ordre rangé. C’est juste l’une des miennes ! Mais si vous traversez une période difficile et agitée, considérez cette possibilité, cet outil incroyable qui peut ouvrir la voie de la résilience. Nul besoin d’être un expert en syntaxe et en orthographe pour lâcher ses sentiments, ses émotions, ses pensées en vrac, sur le papier. Bien au contraire. Les « premiers jets », confus, désordonnés, sont les meilleurs en ce qu’ils nous reflètent dans toute notre spontanéité abrupte, notre ressenti immédiat. Un mot, une phrase, deux lignes… un paragraphe… plus tard une page, deux, davantage… un soulagement, un poids qui s’allège, une consolation peut-être…

 

Dans le cadre de décisions difficiles à prendre, de problèmes pratiques à résoudre, ne conseille-t-on pas, aussi, de pratiquer l’exercice des 2 colonnes ? Les points positifs d’un côté, les négatifs de l’autre… et l’addition est vite faite… ce qui ne se conceptualise que difficilement dans notre esprit, devient plus clair, voire évident, une fois couché sur le papier. Les adeptes des « to do list » ne savent s’organiser qu’avec leurs collections de post-it, qui les rassurent et leur « mâchent » une partie du travail : l’ordre dans lequel aborder chaque chose, et les points les plus importants à ne pas oublier !

 

Ceux qui pratiquent déjà comprendront le message global. Ceux qui n’y pensent pas, ou pensent « ne pas être capables », retirez-vous vite cette croyance limitante de l’esprit, essayez !

« Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit », disait Marguerite Duras. J’ajouterai que si l’écriture délivre, c’est aussi un acte d’amour. Un acte d’amour envers soi-même.

 

PS : pour les concernés, un forum plus qu’utile : Les mots du deuil


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